Le Réveil

éducation populaire

01. Le Réveil, une antenne d’éducation populaire

« Il s’agit de défendre une démocratie à la fois représentative et délibérative. Les mandataires sociaux et politiques sont nécessairement voués à échouer si leurs concitoyens se contentent de voter ponctuellement pour eux et renoncent à toute évaluation, à toute interpellation, à tout enrichissement des mandats conférés. Rendre aux mandataires sociaux et politiques leur dignité et leur pouvoir, c’est ne pas les laisser seuls face aux experts ou au Marché. A ceux que nous avons délégués aux commandes des Etats appartiennent l’arbitrage, la gestion politique et la décision argumentée. A nous les citoyens appartiennent la délibération, la critique, le témoignage, l’opposition ou l’interpellation, la proposition argumentée, la prescription politique. »

 

Dans: « Les intelligences citoyennes – comment se prend et s’invente la parole collective », Majo Hansotte, 2005

Le Réveil est une antenne d’éducation populaire proposant des dispositifs permettant la mise en œuvre de ces intelligences citoyennes. Nous privilégions l’espace public comme lieu d’expression à travers des activités permettant l’expérience de la prise de parole telles que les criées publiques, les consultations populaires, les ateliers d’autodéfense intellectuelle, les séances d’universités populaires, l’édition autonome et la radiophonie itinérante. La méthodologie générale qui sous tend la réalisation de nos actions s’appuie sur une logique de réinstitution perpétuelle car la juste transformation du monde n’est en aucun cas un fait accompli mais une exigence à élaborer dans la permanence.

02. Les universités populaires

«Nous envisageons la production de savoirs sous ses aspects multiples et conflictuels, celle qui relève de la mise en tension des savoirs dit expérientiels, militants, théorique et critiques avec le souci de ne pas les hiérarchiser. Mais cette démarche ne s’improvise pas. S’il est possible de traduire les vécus en connaissances, de produire des savoirs théoriques et pratiques qui suscitent les engagements, il faut aussi utiliser les outils et exploiter cette production pour qu’elle devienne source de puissance d’agir.»


Dans : « des Universités populaires : pour quels usages des savoirs ? », Joackim Rebecca

Les séances des universités populaires se déroulent selon des méthodologies multiples et évolutives basées sur l’expérience mise à l’épreuve de la délibération publique. Dans une dynamique enthousiaste et solidaire et à travers des dispositifs variés (conférences, ateliers collectifs, apprentissages mutuels, transmissions de savoirs et de techniques) les universités populaires proposent d’élaborer ensemble la transformation du monde pour en faire meilleur usage.

03. Les criées publiques

« La voix du crieur est dès lors un lieu clé du politique, par ce qu’il dit, par le moment où la parole se déploie, par la régularité que crée aussi sa présence, et en particulier celle d’un crieur qui sert autant que Jean. »


Dans : « en place publique, Jean de Gascogne crieur au XVe siècle », Offenstadt, 2013

Lors des criées publiques, des messages, récoltés auprès de la population, sont portés en place publique devant une audience à l’esprit limpide et au cœur critique. Ce moment d’expression populaire implique une répartition à parts égales des responsabilités, entre ceux qui ont des choses à déclarer, auteurs des messages, celui où celle qui fait porter sa voix pour les clamer haut et fort dans l’espace public et ceux qui, préparés à exercer activement leur esprit critique, sont présents pour écouter ces déclarations. Le dispositif s’inscrit dans la logique de Claude Lefort selon qui, dans la déclaration universelle des droits de l’homme, ce n’est pas tant le contenu, voué de toute façon à se transformer, mais la déclaration elle-même qui constitue la véritable avancée démocratique. C’est dans fait de devenir locuteur que se trouve le processus d’émancipation. Il s’agit de déclarer publiquement, en l’universalisant par la délibération, ce qui est juste et injuste pour nous présents  ici et maintenant ainsi que pour ceux qui sont ailleurs, aujourd’hui, dans l’avenir ou auparavant.

Prochaines criées

04. Désintoxication du langage

«L’avertissement de Marcuse en 1968 semble, hélas, réalisé : il n’existe plus aujourd’hui de mots pour penser négativement, d’une façon critique, notre système économique et le mode de vie qui en découle. Partenariat, développement, lien social et insertion ne sont là que pour habiller positivement des réalités beaucoup plus conflictuelles, et donc pour empêcher de nommer le conflit, et de le travailler. Domination, aliénation et exploitation sont déjà au musée. Investisseur remplace avantageusement capitaliste, et culturel fait meilleure figure qu’idéologique. »


Dans : « le travail de la culture dans la transformation sociale, document de travail », Lepage, 2001

Le roman d’anticipation « 1984 » étonnamment visionnaire écrit par Georges Orwell décrit une société tellement totalitaire qu’il est interdit de critiquer le pouvoir en place, y compris par la pensée. Au moment où l’histoire se déroule, les gouvernants tentent d’imposer un nouveau langage, la novlangue, qui remplacerait à terme l’anglais encore en usage. Une scène du roman présente une discussion entre deux fonctionnaires qui travaillent à l’élaboration du dictionnaire de la novlangue et qui se félicitent que la nouvelle édition comporte encore moins de mots que la précédente. En effet, moins on dispose de mots pour penser la réalité, moins on dispose de pouvoir d’action pour la transformer. S’il s’agit bien ici d’un roman, on constate aujourd’hui que certains mots disparaissent de l’usage courant pour être remplacés par d’autres qui nous amènent à envisager la réalité sous un angle nouveau, ce qui conditionne la manière dont nous allons par la suite orienter notre action sur le monde. Prenons un exemple concret : il y a cinquante ans d’ici les travailleurs sociaux avaient coutume de dire qu’ils œuvraient à l’émancipation des opprimés, expression qui sonne aujourd’hui désuettement soixante-huitarde et qu’on ne retrouvera plus dans un dossier de demande de subvention pour financer le dit travail social. De nos jours, le vocable employé couramment est publics défavorisés. Or, s’il s’agit bien des mêmes personnes désignées, la perception qu’on a d’elles (et corollairement la manière de construire notre action à leur égard) est radicalement différente. Lorsqu’on parle d’oppression, on désigne un processus. Il y a quelque part un oppresseur contre lequel on peut lutter, qu’on peut forcer, par divers moyens, à cesser d’exercer son pouvoir de domination. Quand on dit que quelqu’un est défavorisé, on parle d’un état. Au contraire de l’oppression qui suppose un oppresseur, on ne peut pas trouver ici de « défavoriseur ». Il s’agit maintenant d’un état de fait, certes déplorable, contre lequel on ne peut pas vraiment lutter, qu’on peut tout au plus compenser. Donc, s’agissant bien du même travail social, le fait de penser les personnes comme opprimés, ce qui désigne un processus, ou comme défavorisés, ce qui désigne un état, change radicalement la manière dont nous allons construire notre action d’émancipation sociale. Forts de ce genre de constats, les ateliers de désintoxication du langage permettent, par un processus d’analyse critique collective, de prendre conscience de ce genre de basculements de vocabulaire pour récupérer notre pouvoir d’agir sur le monde en le parlant, et donc en le pensant, de la manière dont nous le choisissons et non de celle qui nous est imposée insidieusement dans le langage dominant.

05. Infos

Pour tout renseignement sur les criées publiques, les dates des prochains ateliers et formations, n’hésitez pas à nous contacter.

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